Schoenstatt
Mouvement apostolique
22 - 11 - 2017
Une culture d'alliance

Fondation

Après avoir été ordonné prêtre le 8 juillet 1910, le jeune Père Kentenich se voit confier un poste de professeur de latin et d'allemand. Immédiatement, il met en place une méthode peu courante à cette époque, basée sur le dialogue et la participation active des élèves en classe, les conduisant à l'autonomie dans la pensée et dans l'action. Dans ses notes personnelles, on lit : "Tu n'es pas uniquement professeur, tu es aussi éducateur.". Il voit dans cette tâche d'enseignant la possibilité de réaliser sa mission : "Aussi loin que je puisse me le rappeler, ce fut pour moi toujours clair et évident qu'il fallait créer "l'homme nouveau", qui ne dépend pas des phrases qui lui viennent de l'extérieur, mais qui est capable de se décider lui-même, qui est capable de suivre son chemin, libre de toute crainte extérieure.".

 L'année suivante, en 1912, il est nommé directeur spirituel du Petit Séminaire de Schoenstatt, où la révolte gronde parmi les étudiants, opposés à la rigueur et la discipline qu'on leur impose. Il accepte cette nomination comme étant la volonté de Dieu, puisqu'il n'y est pour rien, et il s'y soumet, fermement décidé à accomplir au mieux son devoir envers tous comme envers chacun. Il déclare à ses élèves, lors de leur première rencontre : "Je me mets donc pleinement à votre disposition, avec tout ce que je suis et tout ce que j'ai : mon savoir et mon non-savoir, mes capacités et mon impuissance, mais avant tout avec mon cœur. […] Nous allons apprendre, sous la protection de Marie, à nous éduquer nous-mêmes en vue de devenir des hommes au caractère ferme, libre, sacerdotal." Nous trouvons ici en germe le grand objectif du Mouvement de Schoenstatt : former des "hommes nouveaux" dans la "communauté nouvelle". Dès les débuts, le Père Kentenich lutte pour former des personnalités capables d'une authentique liberté, c'est-à-dire capable de résister à la pression du milieu ambiant, capables de prendre des décisions et de les mettre en pratique. C'est l'antithèse de l'"homme de masse" qu'il définit comme "celui qui fait ce que les autres font parce que les autres le font". La lutte pour la liberté véritable sera un fil conducteur tout au long de l'histoire de ce mouvement : il s'agit d'expérimenter, de vivre la vraie liberté, celle des enfants de Dieu, qui consiste à être "libre de" afin d'être "libre pour" : libre de tout ce qui n'est pas divin, afin d'être disponible et libre pour faire la volonté de Dieu. Le but est élevé, le chemin est difficile. Il faut donc s'éduquer soi-même, et dans Schoenstatt, ce travail d'auto-éducation est délibérément placé "sous la protection de Marie".

Joseph Kentenich propose à ses élèves de fonder, avec leur consentement et leur aide, une congrégation mariale. Au début, cette idée n'est pas accueillie favorablement par ses supérieurs, mais ils finissent par accepter.
La fondation de la congrégation a lieu le 19 avril 1914. Le Père Kentenich y rappelle leur objectif principal : trouver Jésus et Marie. "Nous nous consacrons totalement à Marie afin qu'Elle nous conduise à son Fils divin… Par Marie à Jésus ! Voilà tout ce que veut la congrégation." Ils s'installent dans une petite chapelle dédiée à saint Michel, qui servait jusque là d'abri de jardin, et qui devient leur sanctuaire…

Le 18 octobre, alors que la première guerre mondiale vient d'éclater, Joseph Kentenich expose aux membres de la congrégation un désir qu'il a ruminé au cours des derniers mois : rappelant la scène de la Transfiguration du Mont Thabor, il leur demande : "Ne serait-il pas possible que la petite chapelle de notre congrégation devienne un Thabor où se manifesterait la splendeur de Marie ? Nous ne pourrions pas accomplir de tâche apostolique plus grande ni transmettre à nos successeurs un héritage plus précieux que d'amener notre Souveraine à établir ici son trône d'une façon particulière pour qu'Elle y répande ses trésors et y opère des miracles de grâce… Vous devinez sans doute où je veux en venir : je voudrais faire de cet endroit un lieu de pèlerinage, une source de grâces. […] La chapelle de notre Congrégation doit devenir le berceau de notre sainteté. Et cette sainteté fera douce violence à notre Mère céleste et l'attirera du Ciel vers nous." Demande osée de la part de Joseph Kentenich… Plus tard, il affirma que ce pas du 18 octobre, cette "alliance d'amour" avec Marie, fut le pas le plus difficile de sa vie. Ce fut un vrai saut dans la foi pour lui qui, dans le silence de son cœur, pressentait de façon voilée : "Une pensée audacieuse, presque trop audacieuse pour le public, mais non pas pour vous-mêmes. Que de fois dans l'histoire du monde, le petit, l'insignifiant n'a-t-il pas été la source de grandes, de très grandes choses. Pourquoi cela ne se produirait-il pas en ce qui nous concerne ? Quiconque connaît le passé de notre Congrégation n'a aucun mal à croire que la Providence divine la destine à quelque chose de particulier." (Premier document de fondation, 18 octobre 1914).