Schoenstatt
Mouvement apostolique
22 - 11 - 2017
Une culture d'alliance

David et Goliath

En 1933, Adolf Hitler s'empare du pouvoir en Allemagne, avec les conséquences que l'on sait. A peine le nouveau régime commence-t-il à faire ses premiers pas, que le Père Kentenich voit déjà venir le tourment. Avec un sens aigu de la réalité, il affirme en 1934 : "Ce n'est pas tant le parti qui nous menace, donc pas tant la doctrine et le programme, ce sont la puissance et la brutalité latentes auxquelles on ne peut faire front que par une vie forte et vigoureuse". De même, il affirme cette même année : "Nous vivons à une époque où se mesurent non des forces humaines avec des forces humaines, nous vivons à une époque où des forces diaboliques se mesurent avec des forces divines". Fidèle à lui-même, il ne s'arrête pas à la seule critique du régime national-socialiste. De tout le négatif qui émerge, il cherche à déduire l'esprit positif qui est dans le temps, c'est-à-dire qu'il cherche à comprendre le message que Dieu donne. Ainsi, quand les nazis parlent d'héroïsme et de sacrifices, Joseph Kentenich prêche pendant toute une année sur l'héroïsme filial envers le Père du Ciel. Comme on prétendait que la race arienne n'avait pas besoin d'être rachetée, il insiste, dans les grands exercices spirituels, sur "l'homme racheté". Il développe intensément le mouvement de pèlerinage populaire, pour répondre aux grands rassemblements de masse tant appréciés par le Führer…

Dès 1935, la Gestapo commence à perquisitionner dans les maisons de Schoenstatt, à faire des interrogatoires, à réquisitionner des biens, et à emprisonner bon nombre de personnes. Les temps deviennent de plus en plus durs.

Samedi 20 septembre 1941. Le Père Kentenich est convoqué pour un interrogatoire. Il est emprisonné dans un minuscule cachot pendant quatre semaines, puis conduit à la prison de Coblence. Quatre mois plus tard, il est soumis à un nouvel interrogatoire, et menacé d'être envoyé dans un camp de concentration. Un examen médical confirme qu'il est "bon pour le service"… A l'extérieur, les membres de la Famille se démènent pour éviter qu'il ne soit envoyé à Dachau, et parviennent à convaincre le médecin qui l'a examiné de changer son verdict, à condition que Le Père Kentenich en fasse lui-même la demande par écrit. Le Père Kentenich se trouve alors face à une décision cruciale : doit-il faire cette demande ? Qu'est-ce que Dieu attend de lui ? Et s'il ne fait pas cette demande, que vont penser les sœurs qui ont tant prié et fait tant de sacrifices pour lui ? De son propre aveu, l'incertitude ne le quitta pas pendant ces quelques jours qui furent terriblement difficiles. Partir pour Dachau signifiait plus que certainement la mort et la séparation de toute la Famille. "J'ai lutté intérieurement, j'ai prié. La seule question cruciale, c'était : qu'est-ce que Dieu veut ? Je n'ai pas eu de vision, pas de rêve, pas de lumière intérieure spéciale. Dans ce combat solitaire, il ne restait que la simple foi en la Providence."

Le 20 janvier, après avoir prié toute la nuit, au cours de la messe, il a enfin la certitude intérieure de ce qu'il doit faire : il ne veut être libéré par aucun moyen humain. Il offre sa vie et sa liberté "pour la liberté de sa famille de Schoenstatt et de son peuple". C'est "l'inscriptio", le détachement du terrestre et l'abandon confiant à la volonté de Dieu.

Le 13 mars 1942, il entre dans le camp de Dachau, sous le matricule 29'392. Malgré les conditions de vie atroces qui régnaient dans ce camp de concentration, le Père Kentenich, sans perdre de temps, se met au travail auprès des prêtres qui sont emprisonnés comme lui : clandestinement, il donne chaque soir une petite conférence spirituelle, il distribue la sainte communion ; avec d'autres prêtres schoenstattiens, il proclame Marie "Reine du Camp". "En ces temps-là, dira-t-il, j'avais une énorme capacité de concentration, j'étais toujours frais d'esprit. Vu la faiblesse physique et la faim, la quasi-certitude de mourir de faim bientôt, je possédais une fraîcheur d'esprit extrêmement forte. J'ai constamment fait des conférences et réuni les prisonniers dans la baraque."

En plein milieu de l'enfer, et au péril de sa vie, il fonde l'œuvre des Familles de Schoenstatt, idée qu'il portait en lui depuis longtemps déjà, ainsi que la Communauté des Frères de Marie. Il parvient à communiquer avec la Famille à l'extérieur, et se consacre, depuis le camp, à l'extension de l'œuvre de Schoenstatt, en dictant des centaines de lettres, des poèmes et des œuvres fondamentales de la spiritualité schoenstattienne. Par ses contacts avec des prêtres de nationalités diverses, le mouvement prend une dimension internationale.

Les derniers mois passés au camp sont chaotiques ; au début de l'année 1945, la fièvre typhoïde emporte des milliers de prisonniers. En avril, quelques prêtres sont libérés. Le Père Kentenich fait partie du groupe.

"Le travail rend libre", était-il écrit au-dessus de l'entrée du camp de Dachau. Joseph Kentenich, lui, ne doit pas sa liberté au travail incroyable qu'il a effectué au cours de ses trois années de captivité, mais il la doit à Dieu : "C'est parce que Dieu m'a fait don de cette liberté intérieure à un degré extraordinaire que je suis sorti du camp si sain et si bien portant, tant physiquement que psychiquement".